Un poème - Pour un art poétique - Raymond Queneau

J'avais un peu laissé de côté le lien pages, à cause de quelques problèmes techniques.

J'y reviens en espérant que les pages seront faciles d'accès.

 

 

Un poème
Raymond Queneau

Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrème
un poème

 

Pour un art poétique
Raymond Queneau

Prenez un mot prenez en deux
faites les cuir' comme des oeufs
prenez un petit bout de sens
puis un grand morceau d'innocence
faites chauffer à petit feu
au petit feu de la technique
versez la sauce énigmatique
saupoudrez de quelques étoiles
poivrez et mettez les voiles
Où voulez vous donc en venir ?
A écrire Vraiment ? A écrire ?

 

 livre 010

 

De nouveau Raymond Queneau. Pour m'en souvenir moi-même je remets la bibliographie

 

BIOGRAPHIE

 

Classé d'emblée parmi les auteurs modernes, Queneau n'en reste pas moins un écrivain insaisissable. Ayant traversé le surréalisme, la littérature engagée et le Nouveau Roman sans jamais s'être plié à une seule de ces modes, il a imposé un style original qui allie fantaisie malicieuse et poésie.

Après avoir obtenu son bac, il quitte sa ville natale du Havre pour entreprendre une licence de philosophie à Paris où, très vite, il est initié à la poésie par le groupe surréaliste auquel il se joint en 1924. Mais loin de retenir une quelconque influence de cette expérience de cinq ans (il rompra avec André Breton en 1929), il en tire la conviction que ce n'est pas dans cette voie qu'il juge artificielle qu'il convient de chercher; on retrouve cependant chez lui le goût des Surréalistes pour l'inventivité verbale et les jeux de mots.

En 1933, la parution de son premier roman, le Chiendent , marque l'entrée en littérature de Queneau. Dès lors, la vie de l'homme s'efface derrière l'oeuvre, diversifiée et parfois énigmatique, mais toujours marquée par la fascination pour le langage et ses mystères. Le succès de Zazie dans le métroen 1959, consacre l'originalité du style, à la fois corrosif et inventif, mêlant avec vivacité la caricature, les trouvailles phonétiques et la satire malicieuse.

La curiosité de Queneau s'étend à tous les domaines de la science, notamment aux mathématiques. C'est d'ailleurs avec un mathématicien, son ami François Le Lionnais, qu'il fonde l'Ouvroir de Littérature Potentielle en 1960; ce groupe se propose de créer de nouvelles structures poétiques et romanesques. Mais plus qu'un simple club littéraire, l'Oulipo veut dépasser la conception traditionnelle de la littérature pour lui reconnaître une vocation à créer de nouveaux langages.

À l'instar des mathématiques, la langue est à chaque instant pour Queneau un objet d'expérience, un champ d'application, un territoire illimité d'exploration. Curieux de tout, Queneau s'intéresse à tout; cette disposition encyclopédique combine chez lui deux penchants complémentaires : le goût pour l'acquisition du savoir et l'intérêt pour les méthodes de découverte.

En 1954, lorsque son ami Gaston Gallimard lui propose de diriger la Nouvelle Encyclopédie de La Pléiade, il relève le défi éditorial. Peu à peu pris au jeu, l'écrivain va s'investir dans cette entreprise. Sans pour autant révolutionner l'univers encyclopédique, il rejette l'utopie d'une maîtrise totale des connaissances. Il se tourne vers une forme plus synthétique qui laisse la place à la notion d'erreur et de doute. Loin de s'affliger des inévitables incertitudes de l'homme, il se réjouit au contraire de la possibilité d'invention et de création qu'elles engendrent. S'il ne croit plus à la « Science des sciences », sceptique par rapport à l'utilité même du savoir, il garde confiance en la capacité de l'homme à rêver.

Queneau, pessimiste actif? Il n'empêche que derrière l'humoriste, le sceptique ou encore le malicieux mystificateur se cache un homme passionné par le savoir encyclopédique, qui ne cesse de poser cette question : « quelle satisfaction peut-on bien éprouver à ne pas comprendre quelque chose? ».